Éditoriaux
Édito — Le marché immobilier français à mi-2026
Une lecture du cabinet sur les six derniers mois et les arbitrages qui se dessinent.

Édito — Le marché immobilier français à mi-2026
Une lecture du cabinet sur les six derniers mois et les arbitrages qui se dessinent.
À mi-année, le marché de l'investissement immobilier français présente un visage contrasté. La hiérarchie des actifs s'est réorganisée autour de trois axes : la performance énergétique réelle, la qualité d'emplacement, et la profondeur de l'offre locative.
Le premier semestre 2026 marque une inflexion notable dans la valorisation des actifs immobiliers français. Après trois années d'ajustements successifs, le marché a achevé sa phase de repricing pour entrer dans une logique de sélectivité accrue. Les volumes de transaction retrouvent progressivement des niveaux compatibles avec une activité normalisée — environ 18 milliards d'euros sur le segment tertiaire au premier semestre selon CBRE, soit une hausse de 23 % en glissement annuel — mais cette reprise masque des divergences structurelles profondes.
La période écoulée a consacré trois fractures majeures : entre actifs conformes et non-conformes aux exigences ESG, entre emplacements primaires et secondaires, et entre segments portés par des fondamentaux d'usage solides et ceux fragilisés par des mutations structurelles. Ces lignes de partage redéfinissent l'ensemble de la grille de lecture du marché.
La fin du modèle uniforme : trois marchés distincts
Bureaux : une polarisation achevée
Le marché des bureaux franciliens a finalisé sa segmentation tripartite. Les écarts de valorisation entre actifs de grade A+ récents (DPE A ou B, emplacements nodaux) et immeubles tertiaires de seconde génération (DPE D ou inférieur, localisations périphériques) atteignent désormais des ratios de 1 à 3,2 en valeur vénale au mètre carré dans Paris intramuros, contre 1 à 2,1 fin 2023.
Les taux de rendement prime se sont stabilisés à 4,2 % pour les actifs de référence du Croissant Ouest parisien, en compression de 20 points de base sur six mois. À l'inverse, les actifs obsolètes affichent des taux implicites supérieurs à 7,5 %, traduisant à la fois une prime de risque élevée et l'absence de liquidité sur ce segment.
Repère chiffré
Le taux de vacance structurelle des bureaux franciliens de classes B et C atteint 18,4 % au T1 2026 (Immostat), contre 3,7 % pour les actifs grade A certifiés HQE/BREEAM. L'écart s'est creusé de 6,3 points en douze mois, signalant une obsolescence accélérée du stock inadapté.
La transformation des immeubles obsolètes en logements, longtemps évoquée comme solution de reconversion, se heurte à des réalités économiques contraignantes. Les coûts de restructuration lourde oscillent entre 2 400 et 3 100 €/m² selon les configurations, rendant l'équation financière viable uniquement sur des emplacements disposant de valeurs résidentielles supérieures à 7 500 €/m² — soit moins de 15 % du parc francilien concerné par la vacance structurelle.
Logistique : maturité et consolidation
Le segment logistique, star des allocations depuis 2019, entre en phase de maturité. Les taux prime se sont tendus à 4,6 % pour les entrepôts de classe A en première couronne francilienne, contre 3,8 % douze mois plus tôt. Cette détente reflète la normalisation post-Covid du e-commerce (croissance annuelle ramenée à 6,2 % contre 12 % en 2021-2022 selon la FEVAD) et l'ajustement des anticipations de rendement locatif.
Les volumes de prise à bail restent soutenus — 2,8 millions de m² commercialisés au S1 selon JLL — mais la composition de la demande évolue. Les acteurs du e-commerce représentent désormais 34 % des surfaces engagées, contre 51 % en 2023. Les prestataires logistiques traditionnels (3PL) et les industriels reprennent des parts de marché, signal d'une diversification bienvenue des profils locatifs.
L'enjeu énergétique pèse désormais pleinement sur ce segment. Les entrepôts non équipés de solutions photovoltaïques ou dépourvus de certification environnementale subissent une décote moyenne de 12 % par rapport aux actifs certifiés BREEAM Very Good minimum. Cette pénalité s'accentuera mécaniquement avec l'entrée en vigueur progressive du décret tertiaire et la montée en puissance des objectifs de neutralité carbone des chargeurs.
Commerce : des fondamentaux différenciés
Le retail physique poursuit sa recomposition autour de formats résilients. Les commerces de pied d'immeuble en hyper-centre des métropoles régionales affichent des taux de rendement compris entre 4,8 % et 5,4 %, en compression modérée. Ces actifs bénéficient d'une demande locative soutenue, portée par les enseignes à forte composante servicielle (restauration, santé, services de proximité) et les marques premium cherchant des points de contact physiques sélectifs.
Les centres commerciaux régionaux traversent une période charnière. Les actifs dominant (plus de 60 000 m² GLA, bassin de chalandise supérieur à 400 000 habitants) maintiennent des niveaux de fréquentation proches des standards pré-Covid (94 % du niveau 2019 selon le CNCC) et des taux d'occupation supérieurs à 92 %. Les centres intermédiaires (20 000-40 000 m²) connaissent des trajectoires plus heurtées, avec des taux de vacance moyens de 11,3 % et des valeurs locatives en recul de 8 à 15 % selon les emplacements.
La refonte programmatique s'impose comme condition de survie pour les centres en difficulté : introduction de loisirs (cinéma, fitness), densification de l'offre restauration, et réduction des surfaces commerciales traditionnelles au profit de fonctions mixtes (coworking, services publics, santé). Ces restructurations impliquent des investissements de 450 à 800 €/m², avec des délais de retour sur investissement de 7 à 9 ans.
Résidentiel : ajustements régionaux et pressions réglementaires
Prix et volumes : une stabilisation fragile
Le marché résidentiel ancien affiche une stabilisation en trompe-l'œil. Les volumes de transaction atteignent 850 000 logements sur douze mois glissants (avril 2025-mars 2026) selon les Notaires de France, en hausse de 11 % mais toujours 22 % en deçà de la moyenne 2017-2019. Les prix moyens au m² accusent des variations régionales marquées :
| Zone | Prix moyen (€/m²) | Évolution 6 mois | Évolution 2 ans |
|---|---|---|---|
| Paris | 9 840 | -1,2 % | -6,7 % |
| Lyon | 5 320 | +0,8 % | -3,1 % |
| Bordeaux | 4 680 | -0,4 % | -8,2 % |
| Nantes | 4 150 | +1,1 % | -2,4 % |
| Marseille | 3 890 | +2,3 % | +1,8 % |
Source : MeilleursAgents, données avril 2026
Cette stabilisation repose sur trois facteurs : la détente progressive des taux d'emprunt (moyenne à 3,45 % sur 20 ans en mai 2026, selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA), l'assouplissement marginal des conditions d'octroi par les établissements bancaires, et l'ajustement à la baisse des prétentions vendeurs achevé sur la plupart des marchés tendus.
L'impératif énergétique comme accélérateur de décote
L'interdiction de mise en location des logements classés G (effective depuis janvier 2025) et l'échéance 2028 pour les F produisent des effets tangibles sur les valorisations. Les biens classés F ou G subissent une décote moyenne de 18 % par rapport à un bien équivalent classé D ou mieux, contre 11 % en 2024. Cette pénalité atteint 25 % dans les zones tendues où l'offre de logements conformes reste abondante.
Le volume de passoires énergétiques sur le marché locatif privé est estimé à 2,1 millions de logements (SDES), dont 740 000 en classe G. Les travaux de rénovation nécessaires pour atteindre la classe D représentent un investissement moyen de 38 000 à 52 000 € selon les typologies (maisons individuelles versus appartements), soit des montants prohibitifs pour une large part des petits propriétaires bailleurs.
Point de méthode
L'évaluation de la décote énergétique intègre désormais trois composantes : la perte de valeur locative immédiate (impossibilité légale de louer), le coût actualisé des travaux de mise en conformité, et la prime de risque réglementaire anticipée (durcissement calendaire pour les classes E et D). Cette approche tricéphale permet une modélisation plus robuste des valeurs vénales résiduelles.
Financement et allocation : recompositions en cours
Dette immobilière : normalisation des conditions
Le marché de la dette immobilière professionnelle retrouve des conditions proches de standards historiques. Les marges bancaires sur financements senior d'actifs core oscillent entre 140 et 170 points de base au-dessus de l'€STR, contre 190-230 points mi-2024. Les LTV moyens se stabilisent à 60-65 % pour les actifs prime, avec des covenant packages resserrés intégrant systématiquement des clauses ESG (respect de trajectoires carbone, obtention de certifications).
La dette mezzanine retrouve de l'appétit sur les opérations de repositionnement d'actifs, avec des tickets moyens de 15 à 35 millions d'euros et des coupons de 8 à 10,5 % selon les profils de risque. Cette réactivation du segment intermédiaire facilite le financement de restructurations lourdes, notamment sur le parc de bureaux obsolètes.
Investisseurs : arbitrages sectoriels et géographiques
Les flux d'investissement en immobilier commercial atteignent 9,2 milliards d'euros au T1 2026 (IEIF), portés par le retour des investisseurs institutionnels domestiques (40 % des volumes) et la reprise modérée des fonds internationaux (28 %, contre 22 % en 2025). Les SCPI collectent 4,8 milliards d'euros sur les quatre premiers mois de l'année, retrouvant des niveaux de collecte nette positifs après deux années de décollecte cumulée de 6,3 milliards.
Les allocations privilégient :
- Résidentiel géré (résidences étudiantes, seniors, coliving) : 23 % des volumes investis, taux de rendement de 4,8-5,6 %
- Bureaux prime à Paris et métropoles régionales : 21 % des volumes, taux de 4,2-4,8 %
- Logistique première couronne : 18 % des volumes, taux de 4,6-5,2 %
- Commerce de proximité : 14 % des volumes, taux de 5,0-5,8 %
L'immobilier alternatif (santé, éducation, datacenters) capte 13 % des volumes, confirmant sa montée en puissance dans les portefeuilles institutionnels.
Perspectives et points de vigilance
Trois scénarios à horizon 12 mois
Scénario central (probabilité 55 %) : poursuite de la stabilisation sur la base des fondamentaux actuels, avec une reprise modérée des volumes de transaction (+12-18 %) et une compression sélective des taux (20-30 points de base sur actifs prime). Les écarts de valorisation entre actifs conformes et non-conformes s'accentuent.
Scénario haussier (probabilité 25 %) : accélération de la reprise sous l'effet d'une détente monétaire plus marquée (baisse de 50 points de l'€STR d'ici fin 2026) et d'un rebond de la demande utilisateur. Les volumes de transaction dépassent 42 milliards d'euros sur l'année, les taux prime se compriment de 50 points.
Scénario baissier (probabilité 20 %) : dégradation conjoncturelle (récession technique, tensions géopolitiques) entraînant un repli de la demande locative et un nouvel ajustement des valeurs vénales de 5 à 8 % sur les segments les plus exposés (bureaux secondaires, commerce intermédiaire).
Recommandations opérationnelles
Pour les investisseurs et gestionnaires d'actifs :
- Prioriser la conformité réglementaire : auditer exhaustivement les portefeuilles sur les critères DPE et décret tertiaire, budgéter les travaux de mise en conformité sur des hypothèses conservatrices
- Privilégier la liquidité : concentrer les allocations sur des actifs disposant d'une profondeur de marché suffisante pour permettre des sorties sans décote excessive
- Intégrer la résilience climatique : au-delà des performances énergétiques, évaluer les risques physiques (îlots de chaleur urbains, inondations) dans les décisions d'acquisition
- Sélectionner les emplacements avec rigueur : l'écart de performance entre emplacements primaires et secondaires continuera de se creuser ; la qualité d'implantation devient le premier criteur de préservation de valeur
Pour les utilisateurs et locataires :
- Sécuriser les baux sur actifs conformes : la raréfaction de l'offre conforme aux standards ESG dans certaines zones entraînera des tensions locatives ; anticiper les renouvellements
- Négocier les clauses environnementales : les obligations de partage des données de consommation et de co-investissement dans l'efficacité énergétique deviennent standards ; s'assurer de leur équilibre
Le marché immobilier français de mi-2026 se caractérise par une maturité retrouvée et une hiérarchie clarifiée des valeurs. La période d'incertitude généralisée cède la place à une phase de sélectivité rationnelle, où la qualité intrinsèque des actifs — mesurée par leur performance environnementale, leur emplacement et leur adéquation aux usages — détermine désormais l'essentiel des écarts de valorisation et de liquidité. Cette nouvelle grille de lecture s'imposera durablement.
Cet article a été rédigé par le Direction du cabinet Kearmont & Partners en 9 mai 2026. Les analyses présentées reflètent la lecture du cabinet à cette date.
Pour citer cet article
Kearmont & Partners — Direction (2026). Édito — Le marché immobilier français à mi-2026. Insights Kearmont & Partners. Disponible sur /insights/article/edito-mai-2026.